Paris je t'aime – Faubourg Saint Denis
*
Au téléphone :"_Oui ?
_Thomas, écoutes
_Francine . . .
_Ecoutes
_Parfois, la vie exige un changement. Une transition. Comme les saisons, on a eu un printemps merveilleux, mais l'été est fini et nous avons manqué l'automne. Tout d'un coup, il fait froid, si froid que tout se met à geler. Notre amour s'est endormi et la neige l'a pris par surprise. Et si tu t'endors dans la neige, tu ne sens pas la mort venir.
Prends soins de toi."
Fin de la conversation.Flash back :Francine je me souviens exactement, s'était le 15mai, le printemps tardé, la pluie menacée, et tu criées...
"_Bruno s'il te plaît !
J'en peux plus !
_Quelqu'un m'entend ?
Je t'entends
Qui est Bruno ?
_Je répète tu vois pas ?
_Non, désolé.
_Non, c'est moi qui suis désolée
_Tu es actrice ?
_J'essaie de l'être . . .
J'ai une audition aujourd'hui.
_Au conservatoire ?
_Oui.
_C'était quoi cette scène ?
_Ca vient d'un mauvais film dans lequel j'ai joué, mon seul jusque ici. Je joue une prostituée battue et violée par son mac, il l'enferme dans une cave toute la journée, et ça la rend dingue mais à la fin ils se marient quand même.
_Un mac et une prostituée ?
_Merde ! Il est 10h ?
_ ?
_Je dois y être à 10h.
_Je connais un raccourci, viens.
_Attends !
_Par ici !
_T'es sûr ?
_Tout droit.
_On a fait vite. Merci.
_Bonne chance."
Et tu as été admise bien sur, tu as quitté Boston pour emménager à Paris, un petit appartement dans la rue du faubourg Saint Denis. Je t'ai montré notre cartier, mes bars, mon école, je t'ai présenté à mes amis, à mes parents. J'ai écouté les textes que tu répétais, tes chants, tes espoirs, tes désirs, ta musique. Tu as écouté la mienne, mon Italien, mon Allemand, mes brides de Russe, je t'ai donné un walkman. Tu m'as offert un oreiller et un jour tu m'as embrassé.
Le temps passé, le temps filé, et tout paraissait si facile, si simple, libre, si nouveau et si unique. On allait au cinéma, on allait danser, faire des courses, on riait, tu pleurais, on nageait, on fumait, on se rasait.
De temps à autres tu criais, sans aucune raison, ou avec raison parfois. Oui avec raison parfois.
Je t'accompagnais au conservatoire, je révisais mes examens, j'écoutais tes exercices de chant, tes espoirs, tes désirs, ta musique. Tu écoutais la mienne, nous étions proches, si proches, toujours plus proche. Nous allions au cinéma, nous allions nager, rions ensemble, tu criais avec une raison parfois et parfois sans. Le temps passait, le temps filait.
Je t'accompagnais au conservatoire, je révisais mes examens, tu m'écoutais parler Italien, Allemand, Russe, Français, je révisais mes examens, tu criais parfois avec raison.
Le temps passait, sans raisons. Tu criais sans raisons, je révisais mes examens, mes examens, mes examens, mes examens, le temps passait, tu criais, tu criais, tu criais, tu criais.
J'allais au cinéma.
" Bruno je meurs là dedans ! T'entends ? Je meurs ! Ouvre ! Quelqu'un m'entends ?"
_Pardonne moi Francine.
Au téléphone :"_Qu'es ce qui s'est passé ? T'as disparu.
T'es là ?
C'était si mauvais que ça ?
T'es toujours fâché pour hier ?
_Non . . .
_Alors dis moi, t'y a cru ?
Je vois, merde ça ne marche pas comme ça ?
Mais comment on peut dire : « On a eu un printemps merveilleux mais l'été est fini » sans que ça sonne trop mélo ?
Ca plait au réalisateur. Il faut que j'y arrive.
Thomas, tu m'écoutes ?
_Non, je te vois. . . "